‹ La Culture française en RussieChapitre 45 sur 518 · mai-6juin · texte numérisé non relu

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bien entendu, dans ses appartements. A la vérité, ils sont rares, malgré la prophétie de Diderot, que bientôt on ira voir la Russie, comme jadis l'Egypte et la Grèce1; et, pour la plupart, ils ne sont pas fort marquants. Présumant Ferney plus sûr que Taganrog, Voltaire s'est dérobé à des invites d'ailleurs peu pressantes : d'Alembert a résisté à l'offre, pourtant si tentante pour un philosophe, de devenir le précepteur du Grandduc héritier2; Rousseau a refusé de venir mourir chez un des Orlof 3; Buffon s'est fait représenter par son fils qui, arrivé avec le buste de son père sous le bras, a eu un succès de ridicule4, qu'il a partagé avec quelques étoiles de troisième grandeur. Mercier de la Rivière, qui est venu, lui, « entre Agar et Sara », c'est-à-dire entre sa maîtresse et sa femme, et, à un degré moindre, Sénac de Meilhan, ont été classés grotesques, dès le premier jour, pour avoir dit trop haut que leur intention était, non d'admirer toujours, mais de réformer8. Et Bernardin de Saint-Pierre aurait eu le même sort, si l'on avait soupçonné ses rêves.

Seul, « l'ambassadeur et ministre plénipotentiaire de la République Encyclopédique6 », Diderot, est reparti de Russie avec le même prestige qu'à l'arrivée, et cela surtout parce qu'il est resté une énigme pour la plupart des Russes. Il était admis, en effet, que les Français ne venaient en Russie que pour ce traire la vache » 7 — le voyage du prince de Ligne luimême n'avait pas eu d'autre but8 — et que les philosophes, encore plus que les autres, étaient besogneux et cupides9. Or,

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