‹ La Culture française en RussieChapitre 441 sur 518 · Emile Haumant, Ivan Tourguénief, p · texte numérisé non relu

Emile Haumant, Ivan Tourguénief, p

en chimie, que Pelouze et Frémy1; il est vrai que c'est à une faible femme. Nous savons, d'autre part, qu'à la même époque, si des étudiants de l'Université peuvent demander « Claude Bernard! qui diable est-ce là2? », dans les milieux lettrés, où on lit la Revue des Deux Mondes, on se passionne pour ses expériences que l'on comprend ou croit comprendre3. Plus tard, si Ton cite moins souvent les travaux français, c'est qu'une référence en allemand, au bas d'une page, en impose comme des lunettes d'or sur le nez d'un érudit; mais on les lit, ces travaux français, et on les traduit autant que les autres, sauf en quelques spécialités surtout médicales4.

Il en est de certaines sciences morales comme de ces spécialités. En sociologie — c'est la plus importante des sciences pour les Russes d'aujourd'hui — nous sommes distancés par des Allemands ou des Américains plus ou moins socialistes; Marx est devenu ce qu'a été Hegel jadis. En philosophie, Buchner, Darwin et Moleschott dominent les années soixante; Schopenhauer et Nietzsche, celles d'après. On discute pourtant Auguste Comte, Littré, Caro, Ribot, Fouillée; on consacre à M. Boutroux une heure d'un court séjour à Paris8; on traduit Amiel; Tolstoï lui-même lui fait une préface, et l'on nous assure qu'il a plus de succès en Russie que dans les pays de langue française6. Taine est apprécié, mais on ne sait trop si c'est comme philosophe ou comme historien : les auteurs à spécialités multiples sont toujours, pour les étrangers, l'occasion de perplexités. Voici Renan, par exemple : que faut-il voir en lui? un hébraïsant? un bellëtrist « dernier rejeton d'Alfred de Musset7 »? un phi-

i. Pères et Enfants, p. 147 de la trad.

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