Mme Bentzon, ouvr. cité, p
prit : encore en douterait-on à lire sa protestation, au nom du goût parisien, contre les barbares qui menacent de froisser son mol oreiller de bourgeois épicurisant1. René Doumic est trouvé trop sévère. Faguet excelle à saisir des liens, à généraliser, mais la passion politique le gâte ; croirait-on qu'il veut voir, au fond des questions sociales, une question de moralité2? On lui reproche aussi de ces bouffées de patriotisme « qui sont monnaie courante chez les Français », et cette remarque nous avertit déjà qu'avoir des principes n'est pas tout; il les faut encore d'une certaine couleur. Pourtant cette rigidité fléchit parfois; on s'aperçoit, en effet, qu'en Russie la critique est trop dogmatique, trop étrangère à l'idée d'évolution ; qu'elle méconnaît trop — et c'est justement à propos de Lemaître qu'on le remarque — les liens qui unissent les pensées des divers pays, et qu'elle tombe ainsi dans le chauvinisme qu'elle est si prompte à reprocher aux autres 3.
Pendant les années soixante, de tous les historiens ce sont les Macaulay et les Droysen qu'on cite le plus volontiers; on analyse pourtant les travaux historiques des Français aussi souvent, et peut-être les lit-on plus souvent que ceux des Anglais et des Allemands4. Depuis ce temps, la proportion ne semblé pas avoir changé à notre détriment. Après 1870, on suit avec une attention bienveillante les travaux français, qui ont trait à la Russie, des Leroy-Beaulieu, des Léger, des Vandal; on traduit Y Histoire de Russie d'Alfred Rambaud, non sans que la censure y exerce ses ciseaux. On se passionne, d'autre part, pour toutes les histoires de la Révolution, et ce n'est pas seulement par amour de la science, car Y Histoire d'un paysan d'Erckmann- Chatrian 8 a sûrement plus de lecteurs que Y Europe et la Révolu-
1. Ivanof, ouvr. cité, p. 45. — Cf. Messager d'Europe, février 1897.