‹ La Culture française en RussieChapitre 445 sur 518 · Mme Bentzon, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Mme Bentzon, ouvr. cité, p

morale des Anglais, des Allemands, des Russes* vous manque, à vous Français *. » Mais tout cela n'empêche pourtant pas, qu'exportées, nos œuvres le sont une fois sur deux en Russie2. Nos vers n'y intéressent, naturellement qu'une élite, et les journalistes, qui n'en sont pas toujours, sont bien capables de parler du « comte de Lille3 », et de le trouver moins intéressant que le comte de Paris, mais d'autres sont mieux informés. Dans les revues, on trouve, pêle-mêle, des traductions de Richepin, d'Armand Silvestre, de Coppée, de Rostand, de Guyau — non moins aimé comme poète que comme philosophe — de Baudelaire, de Verlaine, et ces deux derniers au moins ont fait des élèves. Des romantiques, c'est Victor Hugo qui revient le plus souvent; Musset est presque oublié, Lamartine encore plus. Mais — fait curieux, et qui n'est peut-être pas sans rapport avec les revirements du goût en France même — les classiques, ceux du xvnô siècle, retrouvent un regain de faveur. Abandonnés longtemps aux outchitels, qui en saturaient leurs élèves; oubliés ensuite, avec bonheur, pour toute la vie, ils sont parfois lus, maintenant, avec les sentiments des Russes de jadis. On rencontre encore, çà et là, des jugements dignes des jours les plus brumeux du romantisme : « Jules Lemaître, dit un de ses confrères russes, défend Racine parce qu'il est inoffensif et mesuré, et à cause de sa parenté intellectuelle avec l'idéal bourgeois contemporain, « se laisser aller et se laisser vivre4 ». Mais le romancier Boborykine regrette que jadis, à l'instigation des Allemands et sous couleur de « vrai » classicisme, la Russie ait condamné la plupart de nos grands écrivains, et s'en tienne encore à des jugements que partout ailleurs

1. Messager d'Europe, 1893, janvier. — Cf. Le roman russe, de M. de Vogué, pp. 11 et suiv.

Page 1