Messager d'Europe, octobre
4. Mercure de France, 1903, IX, p. 810, articles de Séménof. — De même, dans le Messager d'Europe, 1907, mars, p. 394.
5. Roubakine, La Russie qui lit. — Voir aussi la Culture (Obrazovanié) , janvier 1896.
a conquis le premier rang, mais Ponson du Terrail le suit immédiatement. En 1886, Tourguénief et Pisemski ne remportent que de quelques unités sur Gustave Aymard derrière lequel cinq autres Français s'échelonnent jusqu'à Gogol et Pouchkine. En 1889, Gontcharof est premier, Jules Verne second, l'inévitable Gustave Aymard troisième. En 1890, Jules Verne bat Gontcharof, et bien que d'autres étrangers, Dickens en tête, aient une clientèle respectable — qui ne se confond jamais avec celle des Français — ce sont évidemment ceux-ci qui jouent le plus souvent le rôle d'initiateurs, d'entraîneurs, et le fait est que toutes les biographies d'écrivains nous les montrent à l'éveil des vocations. Sur les bateaux de la Volga, le marmiton Piechkof — le futur Gorki — lit les Alexandre Dumas que lui prête le cuisinier Smourg; à la même époque, l'ouvrier Savichkine lit, d'abord ce louri Miloslavski qui avait charmé l'enfance de Tourguénief, mais bientôt après Moustache et Sœur Anne, de Paul de Kock, Monte-Cristo, les 7 rois Mousquetaires, Notre-Dame de Paris \ Il semble bien qu'il en soit encore de même aujourd'hui, mais avec cette différence essentielle, que jadis les livres français étaient la majorité, qu'elle est passée maintenant aux russes, et que, depuis peu, la presse quotidienne a pris une importance qui aura pour résultat inévitable de diminuer notre place, et aussi, d'ailleurs, celle et des autres étrangers et des grands écrivains russes.
En définitive, notre livre a reculé, un peu parce que le prestige français a pâli, beaucoup parce que la production russe a grandi, plus encore parce que les hantises politiques de ce dernier demi-siècle ont rendu le public moins sensible aux qualités françaises, ou réputées telles2; comme tout à l'heure l'esthé-