Roubakine, ouvr. cité, p. 137 et suiv
2. Voir Messager d'Europe, 1898, janvier, p. 413, à propos des qualités « purement françaises » de Mme Arvède Barine.
tique4, l'esprit, la finesse, l'élégance de l'exposition ont passé de mode. Rien n'est plus caractéristique, à cet égard, que le jugement porté par le Messager d'Europe, il y a quelques mois, à propos de la Morale de Spinosa, de M. René Worms, sur le livre français type :
(( Il est peu profond, clair, élégant : il porte inévitablement, sur sa couverture, la mention qu'il a été couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques, et cela ne veut pas dire qu'il soit mauvais. Bien au contraire, il a la connaissance du sujet, une érudition étendue que ne surcharge aucun vain appareil; son plan est bien fait; s'il vulgarise, c'est dans le meilleur sens du mot... Mais l'auteur n'y est pas empoigné par son sujet 2. »
En d'autres termes, notre tort est d'être trop objectifs : la Russie, elle, vient de passer par une crise de subjectivisme passionné, et, pendant toute cette crise, la seule qualité qui nous ait conservé quelque prestige, c'est cette clarté que, même aux jours de sa gallophobie, Herzen déclarait plus attrayante pour l'esprit russe que la spéculation allemande 3. Nous en conserverons encore l'attrait dans l'avenir, et peut-être, le jour où les esprits, en Russie, seront plus calmes; le jour où ils n'exigeront plus qu'on s'échauffe à propos même de la morale de Spinoza, trouveront-ils plus de saveur à l'objectivité qui veut, avant tout, comprendre et faire comprendre.