CHAPITRE XXXVII
Les polémiques sur l'influence exercée ou subie par la littérature russe, depuis
un demi-siècle.
La divergence des tendances française et russe depuis 1848. La littérature sociale
en Russie : le réalisme et le culte de la grisaille. La forme et les idées françaises chez Tourguénief, Dostoievski, Tolstoï. L'influence,
sur ce dernier, de Stendhal, de Joseph de Maistre, de Rousseau, de Victor Hugo. Les écrivains récents. Les symbolistes.
Il y a quelques années, on n'aurait osé se demander si, dans la période récente de son vif éclat, la littérature russe avait subi l'influence de la nôtre. Il était admis, en effet, que « les idées qui transforment le monde ne sortent plus de l'âme française i », mais de l'âme russe, et déjà d'éloquents critiques saluaient l'approche des « hommes blonds » qui devaient nous rendre « l'énergie morale, le désir de Faction, l'esprit d'entreprise, de discipline, de renoncement, d'enthousiasme, l'idée fixe du but à atteindre, le ressort intérieur qui est la vie des individus et des races 2... », etc.
Mais, depuis ce temps, M. Jules Lemaître nous a appris que ces « hommes blonds » ne faisaient que répéter nos propres leçons. L'inquiétude du mystère universel, leur trait, dit-on, le plus original, qui l'a ressentie plus que Victor Hugo? En quoi la prostituée sublime de Crime et Châtiment, le paysan mys-
1. M. de Vogué, Le roman russe, p. xlviii. Du même, Histoire et poésie, p. 185.