‹ La Culture française en RussieChapitre 453 sur 518 · Voir plus loin, p · texte numérisé non relu

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pur et des tours d'ivoire. « En Russie, non seulement une revue, mais encore un écrivain neutre, sans principes, est quelque chose d'inconcevable \ » remarque le critique Séménof, à propos de Tchékhof, qui s'était contenté, pour ses débuts, d'avoir du talent. Il ne faut pas croire, d'ailleurs, qu'en pareil cas l'écrivain cède à la pression du milieu par calcul intéressé ; il obéit, ou croit obéir à une voix intérieure. « En 1831, raconte Tolstoï, l'activité qu'on appelle artistique m'était devenue franchement désagréable, en raison de la place exagérée qu'elle avait occupée dans ma vie, comme en général, dans les idées des classes riches2. » Peu de ses contemporains ne sont pas passés par cette crise.

En même temps, une révolution s'opérait dans les formes littéraires. Pendant longtemps, les Russes s'étaient cru le même goût que les Français; il avait fallu la poussée de toute l'Europe romantique, dans les années vingt, pour leur faire abandonner notre « maniérisme ». Mais ils n'y revinrent pas après le romantisme : le temps du « fumier de l'école flamande » commença3. Sous la plume de Gogol, la beauté de la nature ou de l'humanité « ne fut pas à son avantage » ; elle y est encore moins sous celle des réalistes qui lui succèdent. Campagnes tristes, villages sales, villes hostiles, personnages à la pensée basse, au geste gauche ou brutal, voilà, jusqu'à nos jours, le bilan de leur art. « Chacun fait ses di^ux à sa manière, observe un critique; il faut donc que les nôtres soient simples et peu pathétiques \ » Le sauvage et le rude, voilà ce qui doit attirer l'écrivain russe. « Jamais rien ne me foussa, confesse Gorki, avec orgueil, ni vers Paris, ni vers le Caucase, ni vers aucun pays où les paysages sont beaux et les mœurs policées^. »

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