‹ La Culture française en RussieChapitre 454 sur 518 · Autobiographie · texte numérisé non relu

Autobiographie

On lit pourtant les Français, mais nous avons vu que le plus souvent on les critiqué ou les loue — comme, par exemple, Zola et Mirbeau — pour des raisons qui n'ont rien de littéraire * ; si Guy de Maupassant partage leur gloire sans avoir leurs titres particuliers, c'est qu'il a, suivant Tolstoï, « la clarté de l'exposition, c'est-à-dire la beauté de la forme », et que, dans Une Vie, le meilleur des romans français depuis les Misérables, il montre « sur un fond gris, des personnages également grisâtres », d'ailleurs, non sans beaucoup d'invraisemblances 2. Quant à nos autres écrivains, on leur reproche, en bloc, « cette substitution de l'élégance et de la finesse à la profondeur qui est le trait caractéristique des Parisiens d'à présent comme des Français du xvme siècle »8; trait avantageux, du reste, car, joint à l'art de composer, il fait que la France « élève les incidents les plus insignifiants à l'importance de spectacles internationaux4 ». En d'autres termes, notre musique est bruyante, et même dansante; mais l'artiste russe, pour faire œuvre qui vaille, prendra la note moins haut que nous. Q,ue des acteurs de Pétersbourg jouent, par exemple, Y Amour de M. Romain Coolus, ils s'appliqueront à en noyer « le pathos sentimental, à la française », dans « la molle simplicité de l'art russe5 ». Que Mérejkovski se rencontre avec Chateaubriand dans une description d'Athènes, il la montrera — non pas, comme son devancier, baignée des feux du soleil couchant6 — mais à peine dessinée dans les lueurs pâles de l'aube ; encore se hâtera-t-il de lui tourner le dos pour compter les cailloux au fond de l'Ilissus7. Il en résulte un tableau gris-perle qui a son charme, sans être plus réaliste que l'autre.

Page 1