‹ La Culture française en RussieChapitre 455 sur 518 · La Mort des Dieux, trad. franc., p · texte numérisé non relu

La Mort des Dieux, trad. franc., p

Au fond, la différence des deux arts tient à une paresse plus grande de l'esprit russe, disent les uns 4 ; à la différence des milieux et, par suite, de la vision, disent les autres. Un Russe voit gris volontiers, parce que son œil s'est fait à une nature et à des types qui ont peu d'éclat : imagine-t-on le conquérant de la Sibérie, le Cosaque ïermak, dans la splendeur des conquistador^ de Hérédia?

En tout cas, cet abîme entre la littérature russe et la française d'à présent disparaît dès qu'on se reporte à celle qui l'a précédée. Sans compter que la vivacité de notre xvme siècle se retrouve chez les derniers Mohicans de la culture classique — ce n'est pas sans raison que Herzen rappelle Diderot et Voltaire à Granovski2 — nos pensées elles-mêmes, celles du xvme siècle et celles des années quarante, se retrouvent, et chez les écrivains à tendances, et même chez les plus grands « belletristes » du dernier demi-siècle.

C'est Tourguénief qui nous paraît le plus proche de nous; à tel point qu'un de nos critiques a cru pouvoir le loger dans une galerie de francisés3. On peut se tromper, en effet, à ne considérer que son long séjour parmi nous, le parisianisme de ses allures, sa complaisance à parler d'influences françaises, son art de conter, de décrire et surtout de conclure. De ce dernier trait surtout nous concluons, sans modestie, qu'il est nôtre4; qu'il a pris de nos leçons, pour commencer, chez George Sand, que les Récits d'un chasseur rappellent parfois, et pour finir, chez Flaubert, dont la manière se retrouve dans le Chant de V amour triomphant.

A vrai dire, c'est là peu de chose. L'influence de Flaubert sur une nouvelle de la vieillesse de Tourguénief, même parfaite, n'a qu'un intérêt d'épisode. Quand à George Sand, ce n'est pas sûr

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