Téodor de Wyzewa, Écrivains étrangers, p
qu'il lui doive le sujet des Récits d'un chasseur : toutes les littératures de l'Europe, en ce temps, allaient au village. Lui devraitil plutôt des procédés? Mais, tout en admirant au plus haut point ses tableaux \ il s'en écarte singulièrement. Chez lui, il n'y a plus de larges horizons; un coin de forêt lui suffît, avec un peu de ciel entre les branches : il est plus menu, plus précis; il met enfin, dans les aspects de la nature, moins d'optimisme, moins de « pathos sentimental, à la française ». Des personnages des Récits d'un chasseur, un seul, Cassiane, fait songer à George Sand; mais il est infiniment plus religieux que le Patience de Mauprat, son modèle supposé. Plus tard, quand Tourguénief a fait du georgesandisme, par exemple, dans l'Hélène à' A la veille, c'est que la réalité russe lui a imposé ce type 2.
D'autres influences françaises l'ont atteint, mais à travers des intermédiaires. Son art de composer dérive de celui de Pouchkine, qui devait beaucoup aux Français du xvme siècle; jusqu'à quel point peut-on dire, pourtant, que Tourguénief a été leur élève? D'autre part, son pessimisme tient de celui de Tchaadaief, qui tient lui-même de celui de Joseph de Maistre3. Il en résulte que, quand on lit, dans Fumée, les pages où Potoughine prêche aux Russes la nécessité du travail lent, obstiné, on pense à celle où de Maistre expliquait à d'autres Russes qu'on ne vole pas, mais qu'on rampe vers la civilisation, en sousentendant, d'ailleurs, qu'ils ne le feront pas, car ils ont un défaut qui annihile toutes leurs qualités; ils sont inconstants4. Or, cette inconstance du Russe est le Leitmotiv de l'œuvre de Tourguénief.
D'ailleurs, ce n'est pas sur cet insaisissable Tourguénief que Jules Lemaître a fondé sa fameuse démonstration : Dostoïevski lui a paru beaucoup plus français. Nous savons déjà, en effet,