Confessions
les arts, les lettres ne sont qu'illusions ou tromperies grossières : « tout ce que nous appelons la civilisation les sciences, les progrès, les arts, les plaisirs de la vie, etc., n'a pour but que de tromperies exigences morales et naturelles de l'homme.... Nous nous sommes organisé une vie contraire à sa nature physique et morale d. » Il faut donc écarter toute doctrine qui ne vise pas « à procurer au plus grand nombre la plus grande somme de bonheur possible2 ». Or, la seule qui y vise vraiment, c'est celle qui fait tourner le dos à la ville, au soi-disant travail intellectuel, à tout l'acquit de l'humanité.
Tolstoï a d'ailleurs une logique devant laquelle reculerait Rousseau. Celui-ci ne condamne pas le travail en lui-même; il lui croit même, comme tous les Occidentaux, une vertu bienfaisante et peut-être utile à l'humanité. Tolstoï, lui, pense que le travail rend l'homme avide et méchant, et qu'une fois le nécessaire assuré, on doit se croiser les bras. D'autre part, il ne reconnaît à l'Etat qu'une force malfaisante, contre laquelle on ne doit pas lutter ; tandis que l'école de Rousseau, en Occident, veut s'en servir pour la réalisation de son idéal social3. Ces réserves faites, Tolstoï reste rousseauiste ; « dans fca conception générale de la vie, de la civilisation, de la pédagogie... »4il n'a fait qu'orientaliser la doctrine.
A-t-il subi enfin l'influence de Victor Hugo? Dans Résurrection, nous trouvons, comme dans les Misérables, une femme déchue qu'il faut relever, des bourgeois égoïstes, des juges indifférents, des révolutionnaires naïfs, les mêmes scènes d'hôpital et de bagne. Du cadre, la ressemblance s'étend à l'âme des personnages. Jean Yaljean s'était aperçu, tout d'un coup, « qu'il n'était plus le même homme, que tout était changé en lui, qu'il