‹ La Culture française en RussieChapitre 462 sur 518 · Traduction de Téodor de Wyzewa · texte numérisé non relu

Traduction de Téodor de Wyzewa

en face de celle des Martyrs ; nous pourrions opposer de même leurs deux batailles des Francs contre les Romains. Chez Mérejkovski, le choc épique de deux mondes n'est plus qu'un incident de frontière, la dispersion d'une bande de Khoungouses quelconques par une colonne volante4. S'il y a influence, elle est à rebours ; la réplique est une caricature.

Chez les poètes, que la politique obsède moins, en général, que les autres écrivains, des influences françaises devraient se noter plus aisément. Le fait est qu'on trouve, çà et là, des souvenirs de nos romantiques, et que toute une école est née qui tient beaucoup de nos décadents du siècle dernier, à la vérité, sans vouloir en convenir. À en croire les décadents et les symbolistes russes, l'opinion qui les fait venir de France « est une erreur due à la prédominance de la langue française, qui fait lire aussitôt toute traduction du français par le grand public2 ». La vérité est, affirment-ils, que « longtemps avant Verlaine et bien plus brillamment que lui, Fett avait établi dans la poésie lyrique la parfaite concordance entre les sensations fugitives et le caprice des rimes3 ». Le symbolisme russe, original dès son début, l'est resté même au temps où il a connu Shelley, Poe, Ibsen, Schopenhauer, Hoffmann, Hauptmann, Sudermann, etc. ; entre lesquels, d'ailleurs, il a particulièrement distingué les Anglais : « Ce que leur murmure la mer qui entoure de tout côté leur patrie embrumée, c'est aussi ce que nous murmurent sourdement, à nous Russes, nos forêts infinies, nos steppes dont l'œil ne voit pas plus la fin qu'il ne voit celle de la plaine marine4. »

A lire ces lignes, on se croit ramené aux débuts du romantisme, à l'affirmation de Pouchkine qu'il y a des affinités plus fortes entre Anglo-Saxons et Russes, qu'entre ceux-ci et les

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