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coupure qu'en France. Chez nous, le romantisme politique d'avant la Révolution a fait place au scepticisme et à l'indifférence; en Russie, s'il y a des désespérés, comme Granovski, presque tous les esprits restent fidèles à l'idéal de la veille : on en parle un peu moins, à cause de la police, etvoilà tout. Quandla guerre de Crimée tire la Russie de ce sommeil apparent, et qu'une ère nouvelle paraît s'ouvrir, les espérances des années quarante reparaissent au jour1, et l'on s'aperçoit qu'elles ont gagné « l'intelligence » tout entière. « Les idées que le petit nombre de mes amis et moi nous avions héritées de nos grands ancêtres, écrit Herzen, nous les avons jetées dans de nouveaux sillons, et rien ne s'y est perdu 2. »
Or, ces « grands ancêtres » étaient des Français, et nul ne les a oubliés. « Et tout de même 11 a raison! » crie l'ami de Pétrachevski, Akcharoumof, par la lucarne de son cachot, à l'un de ses coaccusés 3 : cet II, c'est Fourier. En 1853, les Récits d'un Chasseur obtiennent un succès qui tient moins à leur beauté littéraire qu'à leur tendance réelle ou supposée ; de hauts fonctionnaires y reconnaissent aussitôt « cette haine de classes qui nous vient de France4 ». Quelques années passent, et, tandis que Tchernychevski propage l'économie politique de notre xvme siècle5, voici le ministre de l'Intérieur qui signale à son collègue de l'Instruction publique la traduction des Misérables que lit toute la jeunesse; à quoi pensent les censeurs pour laisser passer cette œuvre française bien plus dangereuse que les élucubrations des Allemands 6? On l'interdit donc, mais elle circule sous le manteau, comme VHistoire de dix ans, que l'étudiant Khoudiakof déchiffre, chaque dimanche, à grands coups