Nouveau Temps
énerguia; sans crainte à'inkriminirovat les motivy des réaktsionery, il juge que leur thésis ressemble fort à une provokatsiia; que leur jargonn et leur fraserstvo ne sauveront pas la biourokràtsiia et le despotizm, non plus que les antracha des ministry qui voltigirouiout si légèrement : le conservateur, de son côté constatirouiet qu'un bon citoyen ne saurait élever trop de protesty contre ce ramolisment gouvernemental qui conduit la Russie aux pires avantioury1. Evidemment, comme les réformistes du temps de Pierre, ceux du nôtre reconnaissent une valeur quasi magique aux mots qu'ils empruntent aux langues étrangères. Or, trois fois sur quatre au moins, ces mots sont français et dénoncent le rôle que la lecture française joue encore dans la formation des idées de la Russie nouvelle.
On s'en aperçoit, d'autre part, dans le compte rendu des séances de la Douma. A la vérité, peu importe que le ministre des Finances termine l'exposé du budget en rappelant que « la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a » ; ou que le bouillant Pourichkiévitch jette à ses adversaires cet autre proverbe — français, paraît-il — « qu'on ne professe pas deux fois aux sourds 2 » ; mais voilà qu'un des tribuns de l'extrême-gauche, le prêtre Pétrof, monte à la tribune — on retrouvera le fonds de son discours dans Lamennais 3 ; voici que le professeur et député Maxime Kovalevski lance aux ministres, un peu alourdie, la phrase de Mirabeau sur la force des baïonnettes. A des réminiscences de ce genre; à l'attitude des membres de la première Douma, qui est tout à fait semblable à celle du Tiers-État, le 5 mai 1789 4; à celle des princes Troubetzkoï et Dolgoroukof qui passent au parti du peuple, comme jadis les La Fayette et les Noailles ; à la question du député qui demande ce que Louis XVI
1. Voir le Nouveau Temps, n° 11 028. r~ Ibid., dans le n° 10999 (8 novembre, 1906), une citation du Pays (Strana).