‹ La Culture française en RussieChapitre 476 sur 518 · Anatole Leroy-Beaulieu, Bévue bleue, 21 juillet · texte numérisé non relu

Anatole Leroy-Beaulieu, Bévue bleue, 21 juillet

serait devenu, s'il avait chargé Mirabeau de former un ministère \ on sent que, pour les acteurs de la révolution russe, « la Révolution française n'est pas un passé mort, déjà distant, mais une actualité vivante2 ».

On s'en aperçoit aussi à leurs idées, bien que l'inspiration première y disparaisse parfois sous un placage allemand. Tel projet de loi, émané directement du démocratisme français, est rédigé en formules de sociologue berlinois 3 ; dans un autre projet, ce sera justement l'inverse. « Nos jeunes professeurs, remarque Maxime Kovalevski, ont fait leur vade-mecum du recueil de M. Dareste sur les constitutions modernes; mais, pour les théories, ils s'inspirent de l'école allemande de Laband et de Jellineck4. » On peut dire pourtant que, le plus souvent l'influence française est moins dans le détail des projets que dans leurs inspirations générales, et plus dans celles des Russes pur sang que dans les autres. Les allogènes, en effet, songent à secouer le joug du pouvoir central, quel qu'il soit : notre histoire révolutionnaire ne leur fournit aucun exemple d'émancipation de ce genre, et certains d'entre eux, les Juifs de l'ouest, par exemple, sont de culture plutôt allemande. Le vrai Russe, par contre, rêve d'une réforme niveleuse qui ne créera nulle part de droit contre la majorité; quelque reconnaissance qu'il garde aux nationalités secondaires pour l'appoint fourni à la Révolution, il devient facilement, en face d'elles, le jacobin prêt à défendre la Russie une et indivisible, au besoin par la force. Déjà du temps de la première Douma, ce mot de « Jacobins » flottait dans l'air; on l'appliquait au chef des « Cadets », Milioukof, et à tout son parti5. Sans aucun doute, si la Révolution n'avait été arrêtée par le réveil du pouvoir,

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