‹ La Culture française en RussieChapitre 477 sur 518 · Id., pp · texte numérisé non relu

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nous aurions vu quelque jour une Convention nationale rétablir l'autorité du centre russe par cette « politique à la Robespierre » que les théoriciens de la Révolution considéraient, depuis longtemps, comme une de ses étapes indispensables1.

On a dit aussi que la révolution russe nous devait cet esprit absolu qui ne veut ni ménager ni même connaître les traditions, mais cet esprit est encore plus russe que français; Pierre le Grand le prouverait à lui tout seul. Ce qu'il faut croire, c'est que notre humanitarisme a émoussé la force des traditions qui pouvaient atténuer cette intransigeance; c'est en partie grâce à lui que, dans les premières assemblées délibérantes de la Russie, des représentants de toutes les races et de toutes les religions de l'Empire se sont rencontrés sans éprouver les animosités si violentes presque partout ailleurs. C'est également une importation française, que cette confiance aveugle dans l'avenir et dans le progrès de l'humanité qui a dominé les esprits russes jusqu'à ces dernières années, comme elle a dominé longtemps les esprits français. Pour les décrire, ce sont les mêmes termes dans les deux pays. « Tout le monde s'abandonnait à des espérances absolument sans bornes, écrit Sophie Kovalevskaia de la jeunesse des années soixante... Nous voyions poindre déjà le temps delà liberté et des lumières universelles; nous en rêvions, nous étions sûrs qu'il ne pouvait être loin2. » — « Une étrange maladie nous possède aujourd'hui, écrivait Quinet, trente ans plus tôt.... C'est le mal de l'avenir.... Au fond de nos âmes, nous sentons déjà ce qui va être... Nous le voyons, nous le touchons3.... »

Ce mal de l'avenir, mettons que nous l'ayons inoculé aux Russes; il ne s'ensuit pourtant pas que cette importation d'un

1. Article de Possé dans la Parole, n° 11598. Voir Années écoulées, 1908, août, biographie du jacobin Zaïtchnevski. — Voir plus haut, p. 332 et suiv.

2. Autobiographie; voir Revue des Deux Mondes, mai 1894, article d'Arvède Barine.

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