A. Vessélovski, ouvr. cité, pp
Narychkine, dont le retour, dans un carrosse monumental aux roues ornées de glaces, révolutionne le Pétersbourg d'Anna Ioanovna1. On cite aussi, çà et là, quelques étudiants isolés. Deux jeunes Dolgorouki travaillent, assez mal, avec l'abbé Jubé de la Cour; puis, un peu mieux, avec le chevalier de Folard2. De 1727 à 1730, le futur académicien Trédiakovski est l'élève de la Sorbonne. Comment ce fils d'un pope d'Astrakhan y est-il arrivé? C'est une histoire embrouillée où se mêlent les Capucins d'Astrakhan qui l'ont élevé, l'Académie gréco-slave de Moscou où il est resté quelques mois, les Capucins de Moscou qui l'ont fait partir pour l'Occident, on ne sait comment; les princes Dolgorouki, les jansénistes français de Hollande et enfin le prince Kourakine, encore ambassadeur à Paris, qui l'a introduit à la Sorbonne. En 1728, il y est logé, sous les combles, dans une de ces petites chambres dont les Mémoires de Morellet font connaître la simplicité, et il suit des cours, dont le plus important est celui de Rollin. Bientôt, il est assez maître de la langue pour écrire des vers à une inconnue qui ne valent ni plus ni moins que beaucoup d'autres :
Ah ! pourquoi donc, blessé sur tes autels, En d'autres lieux porterais-je ma vie?
mais qui démontrent à quel point il s'est acquis la culture et les goûts de ces « rives chéries de la Seine. » qu'il a tant regrettées plus tard3.
Sous Elisabeth, et surtout après l'alliance franco-russe de 1756, les voyages se multiplient : on ne voit plus à Pétersbourg, écrit le Français Picard, que « des allans et des venans4 ». Ce sont de grands seigneurs, de hauts fonctionnaires,