‹ La Culture française en RussieChapitre 49 sur 518 · Antiquité russe, 1870, I, p · texte numérisé non relu

Antiquité russe, 1870, I, p

parfois des nobles peu fortunés ou même des roturiers. Quelques-uns viennent chez nous pour nos médecins; Fone Vizine fait soigner, à Montpellier, sa maladie d'estomac, et la princesse Orlof est persuadée qu'à Paris, « à force de drogues, on la fera accoucher d'un petit prince Orlof1 ». D'autres songent à leur prestige mondain; avoir vu Paris, pour un Russe, c'est déjà la même chose que, pour un musulman, avoir vu la Mecque. Pour les favoris des Impératrices et leurs bâtards, Paris est la « savonnette à vilain » qui les introduit définitivement dans l'aristocratie; les Razoumovski, Chouvalof, Orlof, Yermolof, Bobrinski, etc., s'y succèdent. Quelques Russes, enfin, viennent pour s'instruire, et nous parlerons ailleurs de leurs études parisiennes2, mais ils sont beaucoup moins nombreux que les oisifs, pour lesquels Paris est avant tout, selon le mot de l'abbé Galiani, « le café de l'Europe », un café dans lequel on est sûr d'un gracieux accueil : « Je compte bien, écrit Narychkine aux Vorontzof, en 1746, que vous trouverez la France plus aimable, en général, que les autres pays3 ». Plus tard, quand les jeunes Russes auront passé par les mains de précepteurs français, ils voudront tous voir un pays que leur font aimer, d'avance, « la lecture d'une infinité d'ouvrages assez partiaux, et des dictions invétérées de l'enfance sur la beauté du climat et l'agrément du caractère national4 ».

Ils partent donc, de Pétersbourg ou de Moscou, en des voitures qui devront être réparées plus d'une fois avant l'arrivée à Paris; s'il'faut un mois à la poste pour courir d'une capitale à l'autre, il en faudra deux ou trois à des touristes rarement pressés8. Ils passent par Varsovie, où la Cour leur plaît par son allure française, à Dresde, qui répète Varsovie, à Francfort,

Page 1