Voir plus haut, p
7. Cf. le livre récent de Bernhard Stern, Histoire de la moralité publique en Russie.
sentir les coudes, on ne puisse voir les Allemands, à cause de leur pédantisme, de leur indiscrétion, de cette simplicité qui n'est pas la sincérité1. Les Français ont d'autres défauts, et nous savons si Herzen se prive de les leur reprocher; pourtant, c'est toujours à eux qu'il revient.
, C'est donc en dehors des liens entre les États qu'il faut chercher les causes qui créent, entre les peuples, la sympathie et l'influence.
On a voulu faire intervenir la géographie. La France, a-t-on dit, est une moyenne de l'Europe : elle réunit, de Dunkerque à Marseille, ces traits du Nord et du Midi que les autres isthmes européens écartent de Trieste à Hambourg, de Pétersbourg à Odessa. De plus, les races se sont mêlées, sur son sol, plus que partout ailleurs; nous sommes, et Vhomo europœus venu du Nord, et Vhomo mediterraneus, et même cet Européen « géologique » dont les vestiges ne sont nulle part si curieux que chez nous. Il en résulte que, chez nous, un étranger n'est jamais tout à fait dépaysé; que, même après s'être choqué d'allures différentes des siennes, il y trouve le trait commun qui lui permet de prendre pied, voire de prendre racine, et qui, finalement, selon l'expression de Novikof, le fait « dévorer tout vif » par Je milieu français ! Il en résulte encore, comme l'ont dit Schwab et Rivarol, comme l'a répété Nietzsche, « une demi-synthèse du Nord et du Midi qui fait comprendre au Français bien des choses qu'un Anglais ne saisirait jamais2 ». Nous avons, en effet, souvent servi de médiateurs entre les peuples; nous avons porté en Russie beaucoup d'idées qui n'étaient pas nôtres, et la jeune littérature russe a conquis le monde en passant par Paris. La cause de notre influence serait donc que nous sommes les plus Européens des Européens.