Esquisses de la France contemporaine, p
graphe1. Koudrine illustre ces éloges d'exemples pris à l'allemand ou à l'anglais; il cite l'adresse des citoyens de Bade à leur Grand-duc, en 1848 : « 0 du der du die das badische Volk beglûckende Konstitution gegeben hast... », et la phrase fabriquée par Addison : « My Lords, with humble submission that that I say is that that that that gentleman lias advanced is not that that he should hâve proved to your lordships... ». Jamais, continue-t-il, la prose française ne produira de tels monstres : toujours claire, ferme et précise, elle est « l'idéal de la prose humaine2 », ou, comme disait Pouchkine, « la langue de la raison3 ».
Mais est-ce parce que nous nous rappelons certaines phrases qui ne méritent pas les éloges de Koudrine? En général, nous croyons moins, nous Français, à l'outil qu'à l'ouvrier. « Ce sont nos excellents artistes, dit Voltaire, qui font prendre notre pierre pour de l'albâtre 4 » . Mais pourquoi se donnent-ils tant de mal? On nous dit bien que « l'âme française est nette, adroite, et claire6 »; que toute son envie est de « saisir agilement une notion nette, que l'on puisse traduire du premier coup en une autre, et celle-ci de même6... ». Mais la satisfaction de cette envie nous coûte un effort souvent pénible dont nous voyons les autres se dispenser. Pourquoi ne suivons-nous pas leur exemple?
Par courtoisie, peut-être? Notre syntaxe sociale n'accepte pas une syntaxe grammaticale qui rejette le verbe, c'est-àdire le sens, à la fin de la phrase ; il ne faut pas que « l'honnête homme » attende pour nous comprendre. Il est exigeant, d'ailleurs, ce lecteur français : « C'est pour lui, remarque Sarcey, qu'Horace a dit que ce n'était pas assez que les poèmes fussent