Iyan Strannik, Les mages sans étoiles
6. Taine, Nouveaux essais de critique et d'histoire, pp. 110, 111.
beaux : Dulcia siinto! ajoutait-il * ». Or, cet agrément, il le met tout d'abord, de quoi qu'il s'agisse, dans la netteté de l'impression : un Russe a remarqué que notre art, en cuisine, c'est de faire ressortir la saveur naturelle que d'autres s'acharnent à déguiser 2.
Puis, à côté du plaisir du lecteur, il y a celui de l'écrivain lui-même. Le nôtre éprouve une jouissance singulière à voir se former, au bout de sa plume, cette goutte de lumière qu'il va instiller dans un autre esprit. Il en jouit pour sa transparence et, plus encore, pour l'action qu'elle aura. Il compte que, grâce au mot propre, à la phrase lucide, au développement cohérent, sa pensée deviendra celle de son lecteur, et c'est là ce qu'il ambitionne par-dessus tout.
« Le penchant, le besoin, la fureur d'agir sur authii, est le trait le plus saillant de notre caractère 3 » nous disait déjà Joseph de Maistre. Encore aujourd'hui, pour Koudrine, l'Anglais se perd dans le détail des faits, l'Allemand, dans la spéculation philosophique; le Français, « en retranchant de certaines idées ce qu'elles ont de trop touffu, de trop local », en accroît la portée et la force de pénétration; après quoi, il les lance sur l'Europe comme des bombes4, ou, pour revenir à Joseph de Maistre, « comme un bélier poussé par trente millions d'hommes ».
Cet esprit de propagande nous vient-il de nos ancêtres les Gaulois, ou de notre histoire depuis eux? Soldats jadi&de l'unité romaine, en avons-nous conservé l'instinct d'un devoir européen ; instinct dont le moyen âge et le christianisme ont tiré les Gesta Dei per Francos, et les temps modernes, la propagande révolutionnaire? Toujours est-il que la France a, « sinon dans les mœurs, du moins dans l'âme, quelque chose de cosmopo-
i. Bévue des Revues, 1898, III, p. 25.