‹ La Culture française en RussieChapitre 484 sur 518 · La France contemporaine, pp. 24 et suiy · texte numérisé non relu

La France contemporaine, pp. 24 et suiy

litei »; qu'elle comprend, qu'elle sent le mot de Mme Roland sur les mondes dont elle rêve, non pas, comme Alexandre, pour les conquérir, mais pour les aimer. Cet instinct d'amour ou de conquête — c'est tout un — est la cause première de beaucoup des inintelligences qu'on nous reproche ; ce qui est matière à simple compréhension, l'idée qui ne peut se mettre au service d'une foi n'existe pas pour nous. Mais, si cet instinct explique, en dernière analyse, l'influence que nous avons exercée sur l'Europe, explique-t-il aussi notre ascendant encore plus grand sur la Russie?

Quand les Russes nous ont rencontrés, ils étaient déjà passablement dégoûtés de leurs premiers maîtres d'européanisme : ils sont venus à notre culture, d'abord parce qu'elle était la plus répandue en Europe, et qu'ensuite ils se la présumaient plus accessible qu'une autre, en raison de certaines ressemblances entre eux et nous. « Les Allemands ne ressemblent à personne; les Français sont moins honorables, mais il nous ressemblent2; » c'est la grande découverte de Fone-Vizine dans son voyage en France. Depuis, elle est devenue un lieu commun que l'on retrouve jusque dans les propos de table de Bismark; pour lui, Français et Russes sont des peuples « féminins », donc inférieurs. Puis la science s'en est mêlée ; elle a constaté que les Gaulois de César3 ressemblaient beaucoup aux Russes, que les uns et les autres étaient des brachycéphales bruns, mêlés d'ailleurs de dolichocéphales blonds ; elle en a conclu aussitôt qu'il existe une race « celto-slave ».

Ces arguments prendront place un jour à côté de ceux par lesquels, au xvme siècle, on démontrait l'identité des Périgourdins et des Russes4. Où est, en effet, le Français qui nous

Page 1