Dans Périgord, il y a gorod, ville
résume? Le Russe qui lui ressemble, est-ce le Cosaque des steppes, le moujik du nord, le noble dont l'ancêtre est venu on ne sait d'où, le moujik dont le village, autrefois, parlait finnois? Ce Russe sera-t-il demain ce qu'il est aujourd'hui? Raisonner de son caractère, c'est vouloir dessiner le nuage où Hamlet et Polonius voient, en même temps, l'un une forteresse et l'autre un chameau.
En tout cas, les ressemblances dont on parle tant ne sautent pas toujours aux yeux. Nous déplorons la mobilité des Slaves, leur sensibilité frémissante et maladive, leur mysticisme, et dans quelques bouches, ce mot semble un euphémisme pour détraquement. Bien entendu, à tous ces traits nous opposons notre sens de la mesure, notre « clair esprit français », et même « notre haute et ferme raison1 ». Cependant, les Russes parlent des folles têtes françaises comme si les leurs étaient les plus solides du monde 2. Nous leur semblons excessifs comme ils nous le semblent à nous-mêmes, et avec cette circonstance aggravante que nous dépensons notre excès en futilités; nous faisons des mots, des gestes ; nous courons après ce Dieu de r à-propos > qui, d'après Viazemski, n'a jamais eu de place dans le Panthéon slave3. Le Russe, lui, médite même ses plus grandes folies, et pendant qu'il se tient le front, « ce singulier oubli de la condition humaine qu'est notre gaîté4 », lui semble un outrage à ses angoisses : il se met alors à nous reprocher tout ce qui, chez nous, n'est pas lugubre et pédant. « Montrez à Moscou la mesure et la tolérance qui plaisent tant dans les Français, dit Botkine ; on vous taxera de frivolnost s ! » C'est cette lamentable
1. Cette expression d'Anatole France, à propos dé Guy de Maupassant, s'applique plus spécialement aux Normands.
2. Voir Pisemski, Les gens des années quarante : « Nous sommes très raisonnables, très judicieux, etc. ».