‹ La Culture française en RussieChapitre 486 sur 518 · Ânnenkof et ses amis, p · texte numérisé non relu

Ânnenkof et ses amis, p

frivolnost qui fait qu'à l'instar de Philinte, notre héros national, nous sommes incapables et de « haines vigoureuses » et d'amour passionné : tout empoisonné que soit notre pays par l'obsession de la femme, il ne connaît pas le mariage d'amour1 ; Marie Bachkirtsef l'a constaté, et Taine l'avoue, à propos de ce « tendre » Racine qui s'étonnait de rencontrer « un jeune homme fort bien fait, mais amoureux2 ». Bref, nous sommes vieux, réduits, étriqués. « Les Français, fait dire à lune de ses héroïnes une spirituelle romancière, les Français ne sont pas tout à fait des êtres humains.... Ils me paraissent artificiels, fabriqués selon des formules3. » Que diront alors de nous les « intelligents » qui de loin, sur nos livres, nous ont crus d'éclatants papillons, et ne trouvent plus chez nous que de ternes chenilles?

En définitive, une bonne part des écrits de Russes qui ne sont pas toujours des gallophobes sont consacrés à démontrer qu'il y a un abîme entre eux et nous. Il est vrai que, la démonstration finie, nous les voyons toujours revenir vers nous : le nec tecumy nec sine te vivere possum que Joseph de Maistre appliquait à leurs rapports avec l'Europe est encore la devise de leurs rapports avec la France. C'est donc que l'accord est non seulement possible, mais naturel entre ces êtres si opposés.

Le fait est que le Russe s'ennuie chez lui, qu'il voyage alors, mais qu'une certaine Europe ne suffit pas à le distraire. Quand il y a suffisamment erré, « comme ces chiens d'Aix-la-Chapelle qui, selon Heine, demandent au passant, de grâce, un coup de pied pour se désennuyer4 », il vient chez nous, et tout d'abord, il y jouit de sa gravité en suivant de l'œil ces étourdis « qui sautillent comme des Assesseurs de Collège ». Ensuite, il lui

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