‹ La Culture française en RussieChapitre 489 sur 518 · Herzen, VIII, p · texte numérisé non relu

Herzen, VIII, p

5. Conférence faite à l'Alliance française, le 2 février 1888. Voir p. 521.

avec du sentiment, de la vie, de la franchise, qui est plus agréable que la beauté physique » et qui, d'ailleurs, si française qu'elle soit, « se retrouve dans des familles de l'aristocratie polonaise ou russe1 ». Bref, la conclusion s'impose aux Russes qu'ils ne peuvent pas ne pas aimer les Français...

La faiblesse pour eux nous est aussi naturelle que la faiblesse pour nousmêmes.... L'esprit gaulois, avec sa gaîté spontanée, sa moquerie, sa rapide compréhension, a beaucoup de points communs'avec le nôtre.... Tout cela, ce sont nos qualités, et nous avons aussi ses défauts2.

Fondée ou non, cette croyance devait singulièrement favoriser les progrès de notre culture ; il aurait fallu, pour en détourner les Russes, leur faire exprès mauvaise mine, et nous n'y songions guère. Nous avons dit, sans doute, au premier moment, « Comment peut-on être Russe? » ; mais dès que nous les avons £ vu apprendre notre langue et partager nos goûts, nous sommes devenus russophiles, nos philosophes tout les premiers; après qu'ils eurent dédié leurs livres à l'Impératrice lointaine, nos gentilshommes lui portèrent leur épée. Était-ce, comme l'a dit Fone Vizine, pour en recevoir des grades ou des gratifications 3? En réalité, nous allions vers le peuple qui surgissait au seuil de l'Orient mystérieux, les hommes de plume — parce qu'ils croyaient trouver en lui la table rase et le disciple docile dont le désir les hantait; les hommes d'épée — pour mener encore la croisade; tous, parce qu'ils lui étaient reconnaissants de sa sympathie, qu'ils lui croyaient le même idéal qu'à nous, et, par conséquent, un glorieux avenir : l'homme de l'avenir, c'est toujours celui qui nous ressemble. Puis le xixe siècle nous a apporté de nouvelles raisons de nous intéresser aux Russes : nous avons mieux connu l'amabilité de leur accueil, la séduction de la verve originale qui, dans leur esprit, s'unit parfois à la

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