‹ La Culture française en RussieChapitre 50 sur 518 · Antiquité russe, XLII, p · texte numérisé non relu

Antiquité russe, XLII, p

d'où, souvent, ils font un crochet vers le sud. Vorontzof se rend à Mannheim pour y rencontrer Voltaire qui est alors chez l'Electeur Palatin1; les Chouvalof pousseront jusqu'à Ferney, où le patriarche les accueillera par des hyperboles dignes de Victor Hugo2 : en route, on aura visité l'Alsace, vu Strasbourg et sa cathédrale, et gravé ses impressions sur les pierres de la plate-forme : « Que c'est haut! », ou bien : « Monter jusqu'ici nous a horriblement fatigués 3 » . Hélas ! la fatigue se répare si mal dans les auberges françaises que Fone Vizine, sans doute gâté par les maisons de poste russes, préfère coucher dans sa voiture4. Alexandre Kourakine, qui se plaint aussi des gîtes en France, a du moins cette raison qu'il vient de « l'heureuse Angleterre5 ». D'autres impressions encore gâtent les débuts du voyageur russe en France; pour ses narines emplies du vent des steppes, l'air de nos villes n'est jamais assez pur. « A peine entrés à Landau, écrit Fone Vizine, nous avons manqué être asphyxiés par une odeur infecte; plus de doute, nous étions en France ! 6 »

On nous parle peu des villages : Fone Vizine et Karamzine constatent pourtant, l'un qu'ils sont plus pauvres que les villages russes; l'autre, qu'ils sont plus riches. Des villes de province, Lyon est la plus visitée; Betzki, les Vorontzof y sont reçus par les tisseurs qui leur offrent de somptueuses soieries7, et Karamzine y remarque — à son étonnement et au nôtre — la gaîté des habitants. « Dans les rues, des danseurs bondissaient, des musiciens jouaient, le peuple applaudissait bruyamment8. »

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