Messager d'Europe
Constatons pourtant que les étrangers sont moins pessimistes que nous ne le sommes parfois. L'Anglais Wells nous reproche notre fureur ;de nous, mésestimer parce que nous avons été malheureux en 1870, et que nous n'avons pas les vertus prolifiques des lapins et des nègres i : le Russe Novikof affirme que l'expansion de notre nationalité — c'est-à-dire, selon lui, de notre esprit et de notre goût — n'a jamais été plus grande qu'à présent2. De toutes les parties du monde, des voix nous arrivent pour nous elhorter, — comme jadis un chef grec ses soldats devant des Gaulois plus pullulants que ceux d'aujourd'hui — à ne pas nous effrayer de « cette multitude de corps humains » qui nous presse3. Et le fait est que notre part dans l'œuvre civilisatrice est toujours une des plus grandes; que les étrangers viennent toujours à nous, et surtout ceux de l'immense Slavie. Le jour est encore loin où l'on ne verra plus sa jeunesse sur les routes de France.
L'oubli viendra-t-il? Pour nos élèves, notre pays n'est plus — à supposer qu'il l'ait jamais été — le soleil unique; à la longue, il ne sera plus qu'une étoile au milieu de beaucoup d'étoiles. Mais il en est qui ont guidé tant de générations que les yeux des hommes sauront toujours les retrouver, et leur bouche les nommer.