‹ La Culture française en RussieChapitre 5 sur 518 · Pypine, Histoire de la littérature russe, III, p · texte numérisé non relu

Pypine, Histoire de la littérature russe, III, p

avec les Polonais ; les Moscovites engagent des uns et des autres *. De ces hommes de guerre, le seul qui mérite l'attention, c'est le Franc-Comtois Margeret, qui, passé du service de Boris Godounof à celui de Dmitri d'abord, puis de Wladislas de Pologne, en rapporte aux Français la révélation que « le pays du Tsar est plus grand, puissant, abondant et populeux qu'on ne cuide2 », qu'il prolonge la chrétienté loin vers l'est, et que dans cet autre « nouveau monde », on a pour la France et son Roi une estime singulière. « L'Empereur Dmitri était délibéré... de venir en France congratuler le Roi Très-Chrétien et avoir correspondance avec lui, duquel il m'a parlé plusieurs fois avec une grande révérence 3. »

Dmitri mort et les troubles finis, il ne reste plus trace, en Moscovie, de cette « révérence » un peu problématique ; elle est remplacée par la haine des papistes dont les entreprises ont failli ruiner « la sainte Moscou ». Pour les premiers Romanof, les Français sont des ennemis, à peu près au même titre que les Polonais. Le Tsar Alexis engage en masse Anglais, Hollandais, Allemands luthériens; mais il défend à ses agents, sous les peines les plus sévères, d'enrôler aucun Français; le seul qu'on trouve à son service, c'est un certain Jean de Graves, qui a désarmé la méfiance en embrassant l'orthodoxie *. De commerçants, on n'en voit pas davantage; les vins français qu'on boit à la table du Tsar ou des boïars, la tapisserie des Gobelins qui orne l'unique église catholique de Moscou8, les portraits des rois de France qu'on garde au Kreml ont été apportés, soit par des marchands hollandais, soit par les ambassadeurs que les Tsars ont dû envoyer même aux papistes de France6.

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