‹ La Culture française en RussieChapitre 51 sur 518 · Voyage en France, p · texte numérisé non relu

Voyage en France, p

On arrive enfin à Paris, et ce n'est pas sans émotion que le voyageur salue les tours et les flèches qui annoncent « cette ville modèle de l'Europe entière, source du goût, dont le nom, prononcé avec respect par les savants et les ignorants, m'a été connu presque en même temps que le mien1! » Malheureusement, les premiers tableaux des faubourgs dissipent cette émotion. « Voilà donc Paris, cette ville qui de loin semblait si magnifique! » s'écrie Karamzine, à la vue de rues étroites et malpropres, et Kourakine lui fait écho : « Est-ce là le grand, le merveilleux Paris2? » Ce qui relève le moral des voyageurs, c'est l'animation gaie de la foule qui les frappe comme jadis Matviéief ; c'est l'espoir aussi des plaisirs. « C'est ici qu'on peut les avoir tous pour de l'argent.... Je parle de ceux qui sont permis3. »

Mais il faut songer à s'installer. Tel grand seigneur descend chez le Ministre de Russie. « Il habite un très bel hôtel, place Royale; il en est question dans le Menteur, comédie de Pierre Corneille4. » Le voyageur moins huppé ne sera guère plus mal, dans une chambre meublée quelconque, que l'autre dans son logis historique. Partout, en effet, à Paris, c'est le même défaut. « A Pétersbourg, dira le grand-duc Paul, on ne faisait que voir le froid; ici on le sent5. »

Le fait est qu'on y vit dans les rues. Le premier soin du voyageur, sa chambre trouvée, sera de la quitter pour aller prendre du café — « Il est meilleur ici qu'en Allemagne 6 » — et lire en même temps la gazette. Il ira ensuite chez le perruquier, qui la lui commentera et « retournera les empires avec autant de désinvolture que son blaireau 7 » ; chez le restaurateur, qui lui

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