Krylof, La Poste des Esprits
fera faire, pour un rouble, un bon dîner, après lequel il se sentira prêt à visiter la ville.
Le plus intéressant, au début, « c'est la mine, la démarche, la façon de se mettre des gens ». Quelle vivacité chez ces passants! « Vous n'avez pas fini votre question que le Parisien a répondu, s'est incliné, a disparu1. » Quelle aménité aussi! Alexandre Vorontzof, mis à l'École des chevau-légers, se sent, « au bout de deux jours, aussi à l'aise que s'il était arrivé depuis plusieurs mois2 ». Même l'ombrageux Fone-Vizine constate « qu'il est impossible d'être plus aimable3 ». Aussi, bientôt, le voyageur ne remarque-t-il plus les malpropretés de cette capitale, « la plus parfumée etlaplus empestée de toutes4 », que pour admirer l'art du Français « à bondir comme un chamois », pour les éviter.
Mais nous voici devant des monuments célèbres, devant des palais. Le premier visité, c'est toujours le Palais-Royal. Le voyageur y admire, au café de la Régence, la chaise sur laquelle s'asseyait Jean-Jacques 5 ; puis> sous les arcades, « d'innombrables magasins resplendissants des richesses de l'Inde et de l'Amérique, des produits de la nature et de ceux de l'art » ; enfin, dans les jardins, « aux sons lents d'une tendre musique, des nymphes qui soupirent, jettent des fleurs, appellent dans leurs grottes6 ». S'il est bien inspiré, il fuit loin de « cette île de Calypso, ce jardin d'Armide », et va purifier ses regards dans les églises qui le surprennent toujours, au moins par leur masse. Alexandre Kourakine goûte « le hardi et le délicat de Notre-Dame » et, plus encore, « l'architecture mâle, noble et majestueuse de Saint-Sulpice 7 ». Il passe ensuite à la Sor-