Archive Kourakine, VI, p
bonne, se rappelle les paroles légendaires de Pierre le Grand devant le tombeau de Richelieu1, et ne manque pas, quand il passe devant un couvent, de gémir sur les pâles victimes du fanatisme2; mais il se rassérène en voyant le boulevard, avec ses baladins, ses escamoteurs, ses ménageries, et les « Circé » qui, assises sous les marronniers, la main sur le cœur, regardent languissamment les passants 3. Puis il monte à Montmartre où les moulins à vent lui font l'effet « d'une troupe de géants emplumés », ou tourne vers les Champs-Elysées, pour voir « les pauvres gens qui, épuisés par six jours de travail, viennent, le dimanche, respirer sur le gazon, boire du vin, chanter des vaudevilles4... ». Il termine enfin par la terrasse des Tuileries. «Partout d'immenses constructions, des palais, des églises, des ponts de pierre où s'entassent des milliers de gens, où quantité de voitures roulent avec fracas : regardez tout cela et dites ensuite ce qu'est Paris ! Il faut bien l'appeler la première ville du monde 5 ! »
Le voyageur qui parle ainsi, curieux formé par la lecture du Voyage sentimental, exprime, sans doute, les sentiments plus ou moins confus de beaucoup de ses compatriotes, mais pas de tous. De même que nous connaissons aujourd'hui l'étudiant russe pour lequel Paris tient dans l'avenue des Gobelins ; de même, il y a tel de nos visiteurs du xvnie siècle qui dort tout le jour dans sa chambre d'hôtel, et le soir, entre Russes, se plaint du peu d'agréments de cette ville trop vantée. « Mes chers compatriotes sont si bizarres, écrit Fone Vizine, qu'après s'être longtemps extasiés au seul nom de Paris, ils s'y ennuient à mourir.... Celui qui n'a pas de ressources dans l'esprit vit partout comme à Ouglitch; quatre murs sont partout les