‹ La Culture française en RussieChapitre 56 sur 518 · Lucien Perey, Mémoires de Golovkine, p · texte numérisé non relu

Lucien Perey, Mémoires de Golovkine, p

considérer? — Eh! madame, je vous regarde, je ne vous considère pas i ! »

Il faut, pour trouver des cavaliers capables de tenir le rôle attribué par Pouchkine à son aïeul Hannibal2, descendre jusqu'aux années proches de la Révolution, sous Louis XVI. Roumiantzof arrive à Paris pour vivre « en philosophe », mais le hasard lui fait connaître la belle et intelligente Mme A.... De petits vers qu'il lui dédie font quelque bruit; sous peine de paraître par trop « Scythe », il est obligé de se laisser présenter dans un salon, où, tout de suite, on lui fait jouer Alceste, en compagnie de Mme de Sabran, de Diane de Polignac, et de Mme d'Andely, la fille d'Helvétius. Le comte d'Artois, qui se trouve là, félicite Alceste. Quelques jours plus tard il rencontre au bal masqué une dame qui lui demande pourquoi il n'est pas encore venu à Versailles : « C'est, dit-il, qu'il y a deux listes pour les réceptions, une grande et une petite. Je ne me soucie pas d'être de la première, et je n'ose compter sur la seconde. — J'arrangerai cela », dit la dame, qui est une grande, une très grande dame. Quelques jours après, il est invité à Trianon, où la reine l'accueille avec un sourire entendu; du moins, il l'affirme3.

Ce courtisan qui joue les Alceste et même les Oronte nous mène aux Russes dont le voyage est un pèlerinage littéraire et philosophique. Ceux-là passent toujours par Ferney; quand Voltaire est mort, ils y vont vénérer ses mânes 4. A Paris, ils se présentent à la façon du Russe qu'il a fait parler si modestement.

J'ai voulu me former sur les bords de la Seine ; C'est un Scythe grossier, voyageant dans Athènes, Qui vous conjure ici, timide et curieux, De dissiper la nuit qui couvre encor ses yeux5.

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