Id., p
sans mélancolie, pour sa terre de Koursk ou de Tambof, où, pendant des mois, des années peut-être, il refera ses finances et mûrira ses impressions. Quelles sont-elles?
Elles viennent parfois de circonstances dont Paris n'est pas tout à fait responsable, de ses dettes notamment. Plusieurs années après son voyage, Razoumovski doit encore 52 000 livres au maréchal de Biron * ; mais comme celui-ci est « l'homme le plus poli de France », il ne dit mot. Bobrinski, le bâtard de Catherine II, a dû jusqu'à 1140 000 livres au marquis de Ferrière; c'est la Russie qui payera2. D'autres, qui n'ont pas si bonne caissière, ont connu de gros ennuis; on a vu au For- Lévêque un comte Soltykof et même un prince de Courlande 3. Naturellement, ceux-là ne pardonnent pas à la France « le mauvais goût qu'on y a de réclamer son dû * » ; nous les retrouverons dans les rangs des gallophobes qui déclarent, avec Fone Vizine, que « le dieu des Français, c'est l'argent ».
D'autres se plaignent, toujours comme Fone Vizine et l'Anglais Sacheverelle, de la familiarité des laquais et des gens du peuple : on n'a pas, en France, le sentiment de la hiérarchie6. D'autre part, on y est ignorant; Fone Vizine conte qu'à Montpellier des gens de qualité ont appris de lui, non sans surprise, que le français n'est pas la langue maternelle des Russes. Même ailleurs qu'à Montpellier, les Français n'ont d'opinion réfléchie sur rien; Fone Vizine assure qu'ils seraient bien fâchés qu'il en fût autrement7, et recommence, à leur sujet, le raisonnement des épinards qu'on est bien aise de ne pas aimer, parce qu'on ne peut les souffrir. Mais la politesse des Français, dira-t-on; il faut la porter à leur actif? Non, répond Fone Vizine, car elle est seule-