‹ La Culture française en RussieChapitre 61 sur 518 · Messager historique, 1903, mai · texte numérisé non relu

Messager historique, 1903, mai

2. Gorberon, Un diplomate français à la Cour de Catherine II, II, p. 277. — Grimm à Catherine II, 6 juillet 1779.

ments dans l'art de vivre avec les autres!... Cet art semble être chez lui le don d'une nature aimable : c'est en vain qu'un Anglais ou un Allemand essayerait de l'atteindre1 » . Les Russes l'essayent aussi, et Karamzine, modeste, ne dit pas si c'est avec plus de succès; il faut un témoignage français pour nous faire savoir que beaucoup d'entre eux n'ont plus « rien de sarmate ou de goth2 ». Le malheur est que, rentrés chez eux, d'entreprenants et gais qu'on les a vus à Paris, ils deviennent craintifs et sombres3. C'est qu'en effet la Russie arbitraire et despotique ne peut connaître cette « joie de vivre » qui a été, dit-on, le privilège de la société française d'avant la Révolution.

Il n'est pas surprenant alors que les Russes retardent leur départ tant qu'ils peuvent. Nous les voyons, s'ils sont rappelés par leur gouvernement, assiéger l'ambassadeur, attendre « le troisième oukaze » — le seul qui compte — et, s'ils n'ont plus d'argent, négocier des emprunts, engager leurs bijoux. Les Stroganof, par exemple, ne se résignent à revenir que lorsque Catherine II a mis leurs revenus sous séquestre, et qu'il ne leur reste plus le moindre diamant à porter au Mont-de-Piété4. Rentrés à Pétersbourg, remis à flot, ils n'auront naturellement qu'une idée; reconstituer autour d'eux le cadre dont ils gardent l'éblouissant souvenir.

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