Archive russe, 1876, III, p
ment le masque de leur cupidité ; elle leur sert à attraper les étrangers, tout comme leurs spectacles et leurs catins. « Si on ôtait à Paris les uns et les autres, les trois quarts des visiteurs s'en iraient aussitôt1. » Ils n'y séjournent, la plupart du temps, que pour faire des sottises ; et c'est pour tromper les questionneurs, qu'ils font, après coup, l'éloge de Paris et de ses splendeurs 2.
Nous verrons plus tard que cette diatribe, comme beaucoup d'autres, a été copiée sur des écrivains français, sur Duclos notamment3. En tout cas « cette vivacité offensante, ce fiel, cette absurdité * » , — pour les juger comme le fait le prince Viazemski — sont rares parmi les Russes ; la plupart ont tâché de démêler honnêtement, dans leurs souvenirs, le pour et le contre» « Moi «aussi, j'ai passé par Paris, écrit en 1776 Serge Roumiantzof. C'est un être bizarre dont l'ensemble peut déplaire aux gens raisonnables, mais dont chacun peut tirer ce qui lui convient... Si quelqu'un ne s'y plaît pas, il doit s'en prendre à la difficulté qu'il y a de le satisfaire 3. » Est-il vrai, enfin, que Paris ait une action si funeste? « Quand un homme est faible, remarque judicieusement Alexandre Kourakine, le moindre hameau peut être témoin de sa défaite 6. »
Dans tous les jugements, même hostiles, nous trouvons la remarque qu'il n'y a pas de ville où l'étranger oublie si aisément sa patrie7. La variété des tableaux, la multitude des plaisirs, l'animation joyeuse et polie de la foule y contribuent sans doute, mais plus encore l'humeur accueillante du Parisien. « On dirait qu'il a inventé, ou qu'on a inventé pour lui la vie sociale, tant son affabilité est grande, tant sont admirables ses raffine-
i. Fone Vizine, Lettres, p. 77.