‹ La Culture française en RussieChapitre 70 sur 518 · Lucien Perey, ouvr. cit · texte numérisé non relu

Lucien Perey, ouvr. cit

3. D'Agay de Myon, capitaine au régiment du Blaisois, Voyage de Moscovie..., Revue hebdomadaire, 1899, n08 19, 20, 22.

table Orient; quoi qu'il en soit, nos Français se sentent chez eux non moins que des Russes à Paris. Des amis leur viennent de toute part. « Le jeune prince Dolgorouki venait journellement manger à notre table... il parlait très bien français, et témoignait fort de son désir de venir en France. » Le prince Kourakine est également trouvé très aimable, et aussi le chancelier Ostermann « qui nous reçut très poliment et nous parla très bon français, avec beaucoup d'esprit ». De même, dans le palais de la Tsarine, à un grand bal, « nous reçûmes mille compliments de tous les seigneurs qui étaient présents, et qui parlaient tous un fort bon français » . Plusieurs dames n'ont pas moins de savoir et encore plus de bonne grâce; elles s'appliquent à distraire les prisonniers, et l'Impératrice leur fait dire qu'étant, sans doute, comme tous les Français, fort galants, ils seront sensibles à ces prévenances. Mais voici les princesses impériales; l'Allemande Anna Léopoldovna reste silencieuse et maussade, mais Elisabeth, la fille de Pierre le Grand, est d'une autre étoffe. « Elle a des grâces infinies dans tout ce qu'elle fait... son embonpoint ne l'empêche pas d'être une des plus belles personnes qu'on puisse voir.... Elle dit à M. de la Mothe, notre colonel, que s'il passait l'hiver dans ce pays, elle pouvait lui répondre qu'il ne s'y ennuyerait pas, quoique, sûrement, la France eût plus d'agréments.. . . Enfin, elle nous dit à tous quelque chose de gracieux. » Et les prisonniers, ou, plus exactement, ces amis amenés de force, sont comblés d'attentions jusqu'à la dernière minute, et même au delà, car, sur le chemin du retour, ils découvrent qu'on a garni leurs coffres de toute sorte de vins et de friandises.

Il semble bien, à lire d'autres récits1, que notre capitaine se soit laissé quelque peu « enguirlander ». Sa relation montre en tout cas que, même sous la domination des Allemands et des

Page 1