La famille des Razoumovski, I, p
fréquente en devient aisément fastidieuse1 ». L'Hôpital déclare plus crûment que « l'ennui de cette cour est inexprimable2 ». A la vérité, il y a des moments de détente : Elisabeth raffole des mascarades où elle peut apparaître, dans la même soirée, en hetman cosaque, en matelot hollandais et en mousquetaire français3, et faire ainsi le résumé de l'histoire de la Russie. Parfois même, la détente est un peu grossière; les processions où le Procureur général « gambade comme un Hans Wurst » , et les entrées d'apothicaires, arme au poing, si elles rappellent Molière, n'évoquent pourtant pas Versailles 3.
Mais voici qu'on pratique déjà le divertissement français par excellence, la comédie. Sous Anna Ioanovna arrive la troupe de ballet du Français Nicolas Landet. Il initie Pétersbourg au menuet, et sous Elisabeth, il affirme que nulle part, en Europe, on ne le danse avec autant de grâce. Est-ce pour cela que le grave Zabiéline voit en lui « pour cette époque, le vrai précepteur de la Russie4 », ou bien parce que, le premier, il a montré aux Russes des femmes sur la scène? Il semble que son mérite soit plutôt d'avoir ouvert la Russie à de vrais comédiens.
C'est lui, en effet, que, sous Anna Léopoldovna, l'Allemand Lôwenwold, après avoir chassé la troupe allemande de la Cour, avait chargé de lui trouver des remplaçants. Landet alla donc débaucher la troupe française de l'Electeur de Hesse-Cassel ; mais, au retour, il ne trouva plus ni Lôwenwold, ni même Anna; Elisabeth venait de s'emparer du trône5. Les Français n'en furent que mieux reçus; aux fêtes du couronnement, ils jouèrent nos classiques, mais sans doute, avec un simple « succès
1. Correspondance de d'Éon avec Tercier. Cf. Waliszewski, La dernière des Rornanof, p. 53.