‹ La Culture française en RussieChapitre 73 sur 518 · Id„ II, p · texte numérisé non relu

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d'estime » ; il n'y avait pas encore de public mûr, sinon pour Molière, du moins pour Corneille et Racine. Les années suivantes, la chronique enregistre des succès de comédiens russes, de danseurs français, de chanteurs et de chanteuses italiennes; la Sacco et la Bellucci ont chacune un parti qui fait la guerre à l'autre à coups d'épigrammes1. Évidemment la Russie se forme, et l'on peut essayer d'acteurs plus sérieux. Poussée par son favori Chouvalof, l'Impératrice essaye d'attirer Lekain, Préville, la Clairon, mais sans succès. « Ils ont tous trop d'avantages dans leur pays 2, » lui répond son négociateur, Bestoujef- Rioumine. On se rabat sur des étoiles de moindre grandeur, et leur succès, au début, est si piètre, que, pour leur faire une salle, l'Impératrice est forcée de menacer les courtisans absents d'une amende de cinquante roubles. Ils viennent donc, et c'est leur tour d'éprouver « l'ennui inexprimable » dont se plaignait Lhopital. Mais cet ennui passe vite, et bientôt, sans amendes, l'affluence est régulière. Les gens du bel air viennent pour soutenir leur réputation ; les ambitieux, pour se familiariser avec la langue et la littérature dont la connaissance devient indispensable, et ils y envoient aussi leurs enfants.. Les petits Vorontzof, qui ont dix, douze et treize ans ne manquent pas une représentation 3.

Après Elisabeth, Pierre III ne fait que passer sur le trône, Û y a pourtant le temps d'ordonner aux dames de remplacer, à l'église, les prosternations à la russe par des révérences à la française, et de promulguer l'oukaze qui permet aux nobles de servir ou non l'État4; désormais ils pourront affluer dans les villes, et y employer leurs nouveaux loisirs à remplacer « l'Occident instructif et sérieux qu'avait voulu leur faire connaître Pierre le Grand — celui des Allemands — par l'Occident frivole

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