Corberon, ouvr. cité, II, p
Annette etLubin, le Faux Savant, Maxime, la Coquette corrigée, TAnglomane, le Français à Londres, le Barbier de Séville, le Glorieux, la Jeune Indienne, Crispin rival de son maître, etc. *. Et comme les acteurs entendent bien ne pas utiliser leur rôle qu'une fois, les mêmes pièces font généralement le tour du « Tout- Pétersbourg », qui, d'ailleurs, tient en quinze ou vingt salons.
Notre théâtre est donc devenu le grand divertissement de la classe instruite, mais n'est-il pour elle que cela? Les contemporains s'y trompent parfois; pour Corberon, sa vogue n'est qu'une « manie, venue de l'imbécile Betski2 ». C'est faire trop d'honneur àBetski; la manie tient, en réalité, aux causes qui l'avaient fait naître en France. Nos aïeux attribuaient au théâtre une vertu éducatrice3; les Russes ont pensé de même, et c'est de bonne foi que Derjavine, à l'inauguration de son théâtre, fait apparaître à ses administrés un génie qui leur promet de les civiliser, avec l'aide de Melpomène et de Thalie, de Thalie surtout, car si Melpomène inspire à ses auditeurs des pensées élevées, mais d'un usage peu courant, Thalie leur apprend les mots pour tous les jours, les tours heureux et les gestes qui les souligneront. Les dames que Corberon a vues si figées chez les Czernicheff seront plus gracieuses après qu'elles auront joué la comédie, sous sa direction peut-être; car, tout en raillant la manie des Russes, il condescend à rectifier leur accent, leurs attitudes, à répéter, mille fois : « Soyez dégagées, mesdames! souriez, messieurs! Regardez-moi! », sans s'aviser qu'il continue le mannequin que Pierre Ier faisait jadis exposer, en costume français, sur la Perspective Nevski; il est, lui, la poupée parlante et gesticulante dont les Russes, une fois équipés comme il faut, ont besoin pour régler leur allure et leur langage.
1. Corberon, I et II, passim. — Archive Kourakine, VIII, pp. 173-174, etc. — Archive russe, 1869, Mémoires de Porochine, pp. 28-30, 32, 36, 40, 44 et suiv.