Voir plus loin, p
A la veille de la Révolution, cette éducation des dehors paraît achevée, du moins dans la haute société; « notre goût s'épure d'heure en heure », constate le traducteur de Y Eugénie de Diderot, en 1788 S et les petits journaux proclament, en s'en moquant, la part prise par les Français à cette révolution. « Sans eux, écrit le Boursicota nous ne saurions comment entrer, saluer, nous parfumer, prendre un chapeau, exprimer en le déplaçant nos divers états d'âme. . . . Dans une assemblée féminine, de quoi aurions-nous parlé autrefois, sinon de poules et de poulets? La France nous a fourni des sujets de conversation et les règles du commerce tendre et agréable. » Et cela, seuls, les Français pouvaient l'enseigner. «Les Allemands, les Anglais et les Hollandais n'auraient jamais civilisé nos manières2. »
Reste à savoir si cette initiation est vraiment un progrès, et si l'amélioration de la forme a entraîné celle du fond? Les étrangers hésitent; ils parlent d'exagérations, de mauvais goût, de grimaces prises pour de l'amabilité, mais, sur le fond des choses, ils ne se prononcent pas3. Les gallophobes, eux, trancheront dans le vif; pour eux, nous ne faisons que gâter les vieilles vertus russes. Mais, s'il en est ainsi, les leçons des gouverneurs français et de nos écrivains y ont sans doute contribué autant que les exemples des mondains. Nous avons vu ceux-ci ; il faut entendre celles-là.