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recevront, comme le sieur Pirard chez le comte Golovine, par jour deux cruches de bière, par semaine une bouteille de brandevin, par an 60 roubles, plus une paire d'habits neufs1. Tant d'avantages sont-ils toujours honnêtement gagnés, on n'en sait rien : dès 1733, l'historien Tatichtchef se plaint de l'insuffisance des maîtres étrangers2.
A l'époque d'Elisabeth, il y a progrès; quand on le peut, on fait venir des Français vraiment qualifiés pour enseigner. Le joaillier de la Cour, Jérémie Pozier, ramène de Berlin une dame Berger — sans doute de Montbéliard — pour les petits Vorontzof3. Elle leur enseigne la langue et leur donne des notions de littérature que complète la fréquentation du théâtre français. « Nous y allions deux fois par semaine, raconte Catherine Vorontzof, la future princesse Dachkof... et cette circonstance contribua beaucoup à nous donner, dès notre enfance, un penchant décidé pour la lecture et la littérature4. » Nous dirons avec quelles difficultés, pendant quelques années, ce penchant trouva à se satisfaire 5.
Dans les années qui suivent, et surtout après 1756, les précepteurs français se multiplient; dans toutes les familles soucieuses de l'avenir et des belles carrières, ils prennent la place de l'Allemand, cocher devenu précepteur, que Fone Vizine décrit dans le Vralmann du Mineur. La plupart du temps ils ne valent pas mieux que lui. « J'avais engagé pour le Corps des cadets, raconte Timkovski, huit laquais français; deux mois après, ils étaient précepteurs dans huit maisons différentes6 ». On sait, d'autre part, la légende du Français qui, marqué d'une fleur de lys sur l'épaule, fait croire au père de son élève qu'il