‹ La Culture française en RussieChapitre 81 sur 518 · Archive russe, 1874, I, p · texte numérisé non relu

Archive russe, 1874, I, p

est cousin du Roi, et celle du Finnois qui, pendant de longues années, a enseigné sa langue pour du français1. Du côté des madamy et des mamzély, c'est le même tableau; La Messelière s'épouvante, en 1758, en en trouvant qui, à Paris, sont inscrites sur certains registres2. Corberon en dit à peu près autant, vingt ans plus tard, à propos de l'œuvre chérie de Catherine II, l'Institut de Smolny. « Je vais parier qu'une fille de la rue Saint-Honoré, un peu stylée, arrivant en Russie, sera reçue pour maîtresse dans cet établissement. Elles ont 270 roubles de gage, et ce n'est pas assez pour avoir de bons sujets3. »

Au fond, si la Russie se contente de si peu, c'est beaucoup moins par ladrerie que par méconnaissance de ce que doit être une éducation. Le noble vit pour les tchines; or, à la Cour, où ils se donnent, la mode est au français; il faut que tout jeune homme un peu ambitieux sache répondre au dignitaire qui l'interpellera dans cette langue. Ce français de Cour, n'importe quel « chevalier Cacadou4 », engagé au petit bonheur, saura l'enseigner avec des listes de mots et des phrases sur la pluie et le beau temps : qui se scandalisera de ses ignorances? qui le contredira quand, devançant la méthode directe, il affirme que parler grammaire est pur pédantisme? Il suffît qu'il parle beaucoup et certifie, par sa seule présence, le rang des gens qui l'ont engagé et leur fortune : « Demandez-vous, en province, si telle famille est opulente, on vous répond : il y a un outchiteV°\ »

Il en est de même pour l'éducation des filles, à cela près que les madamy et mamzély rendent des services plus variés que les moussié; aussi sont-elles payées parfois à peu près autant qu'eux. Dans un petit journal du temps de Catherine II, deux commères moscovites se lamentent sur leurs exigences : « Ma mamzell est

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