‹ La Culture française en RussieChapitre 82 sur 518 · Ducret, La Russie et Vesclavage · texte numérisé non relu

Ducret, La Russie et Vesclavage

très chère, la maudite!.. 480 roubles par mois, 5 livres de sucre, une de thé! ! — Oh! moi, matouchka,]e donne plus, 250 roubles par mois, et les vivres de la maison à discrétion. Mais aussi elle lave mes dentelles et me fait mes bonnets, et elle apprend à notre Tanioucha à en faire1. »

A vrai dire, s'il y a jusqu'au xixe siècle des maisons où le précepteur et la gouvernante tiennent du valet et de la femme de chambre, il y en a d'autres où, de bonne heure, on se préoccupe de la valeur de leurs leçons ; où l'on se plaint de leur insuffisance, et si bruyamment que, vers 1750, le gouvernement intervient; un oukaze ordonne à tout précepteur étranger de passer un examen, à Pétersbourg, devant la Desianse Akademie, ou à Moscou, devant l'Université. Quelques-uns s'y présentent, en effet, et la légende assure que l'un d'eux, interrogé sur les modes des verbes, répondit qu'il les connaissait mal, car il avait quitté Paris depuis longtemps, et les modes y changent souvent. Dés refusés, le plus petit nombre revint en France ; quelques-uns s'enfoncèrent dans les provinces, et, selon La Messelière, « jusqu'aux confins de la Chine » : la plupart, confiants dans l'inertie des autorités, ne bougèrent pas, et le fait est que l'oukaze fut renouvelé si souvent qu'il faut bien le croire resté lettre morte 2.

L'amélioration vient, sous Catherine II, du progrès général de la Russie. D'abord, les lumières se répandent; de nombreuses traductions d'ouvrages pédagogiques, de YÉducation des Filles, de Fénelon, de la Parfaite éducation des Enfants3, de Bellegarde, etc., avertissent les parents de ce qu'ils doivent exiger d'un précepteur ou d'une gouvernante. D'autre part, le numéraire devenant moins rare, les prix s'élèvent assez pour attirer de vrais précepteurs. Ce sont d'abord des Suisses de la Suisse

1« Mélanges (Smiess). — Mme Likhatchova, Matériaux pour Vhistoire de l'instruction des femmes en Russie, I, p. 149.

2. Mme Likhatchova, ouvr. cité, I, 135. — Soloviof, Histoire de Russie, XXVI, p. 260. — Demkof, ouvr. cité, II, pp. 187, 461.

Page 1