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romande, de langue moins déliée que les Parisiens, mais plus aptes à comprendre la variété des besoins russes ; de ce « parfait belvédère » qu'est leur pays, on suit mieux la vie de toute l'Europe. Viennent ensuite des Montbéliardais, surtout après le mariage, en 1776, du Grand-duc Paul avec une princesse de Wurtemberg élevée à Montbéliard. Les Alsaciens leur font concurrence avec la supériorité d'être bilingues ; mais les gens qui aiment notre culture sans pour cela nous aimer nous-mêmes leur trouvent des sentiments trop patriotiques. « Je n'en voudrais qu'un qui fût luthérien, écrit Simon Vorontzof ; ils sont moins français que les autres1. » Les Lorrains enfin, ceux surtout du pays de Dieuze, ne sont pas rares, et bien qu'en général ils aient laissé de bons souvenirs, il semble qu'on les ait parfois trouvés trop gascons : à en juger, du moins, par l'annonce, dans la Gazette de Moscou, où le sieur Lemaire, de Lunéville, énumère les dix langues et les (Jix-sept sciences qu'il peut enseigner, y compris celle de changer la faïence en porcelaine 2.
Tous ces précepteurs venus de « l'Austrasie » forment dans les capitales russes, à la veille de la Révolution, une nouvelle colonie française plus grave, en général, et mieux considérée que l'autre. Après 1770, les mentions se multiplient d'outchitels que suit la reconnaissance de leurs élèves. Tel est qualifié, même par Corberon, de « fort bon homme » ; tel autre finit sa vie dans la famille où il a jadis enseigné3; même à Orenbourg, on peut mettre la main sur un Français passable 4. Il est visible que, peu à peu, par leurs qualités, et peut-être aussi par leurs défauts, les maîtres français ont conquis des sympathies dont leurs prédécesseurs allemands n'ont pas joui 5, et leurs descen-