Lettre à Catherine II, du 12 mars
4. Bilbassof, Antiquité russe, 1884, XL1I, p. 490. — Tourneux, Diderot et Catherine II, pp. 403 et suiv.
Pétersbourg. Ces jours-là, en effet, les invités de l'Impératrice voient les monastyrki « danser entre elles, séparées du public par une balustrade qui n'empêche pas de leur parler1 », puis jouer la comédie d'une façon qui est toujours, pour les étrangers, un sujet d'étonnement, sinon d'admiration. L'Anglais Coxe voit jouer par les grandes élèves la Servante maîtresse, et X Oracle par les petites ; la bonne prononciation des unes et des autres l'émerveille2. Corberon assiste à Y Indiscret de Voltaire suivi du Sorcier et du Coq du village : « Ces trois pièces, dit-il, ont été très bien rendues. La dernière surtout a été piquante, par les petites filles de cinq, six ou sept ans qui en étaient acteurs ou actrices 3. » Souvent la comédie est suivie de musique et d'un bal, auquel sont invités des élèves du Corps des Cadets, et la soirée finit par un grand souper4. C'est ainsi que, pour innover sur le Saint-Cyr de Mme de Maintenon, Catherine II le combine avec celui qui, chez nous, lui a sue-
On n'est pas surpris d'apprendre que ces assemblées singulières soulevèrent autant de murmures que jadis celles de Pierre le Grand. « Elles ne furent pas toujours exemptes de suites, » assure Golovkine, qui répète là une méchanceté des salons 5. Il fallut longtemps pour décider les grandes familles à mettre leurs filles dans l'établissement modèle; « en dehors de l'Impératrice et de Betzki, il n'y avait pas dix personnes en Russie pour en comprendre l'utilité6 ». Encore ces approbateurs de l'idéte n'approuvaient-ils pas toujours la façon dont on l'appliquait. D'après Chtcherbatof « il n'est pas sorti de Smolny des jeunes filles instruites, si ce n'est que la nature les y