‹ La Culture française en RussieChapitre 90 sur 518 · Id, II, p · texte numérisé non relu

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arriver chaque année, c'est « une foule de beaux esprits manques, sachant à peine leur langue, mais chantant, dansant et rimant sans cesse, travestissant, partout où ils trouvaient une planche à mettre sur deux tréteaux, ou Racine ou Molière et ne mettant rien au-dessus des succès de salon * ».

En voyant de telles éducations, Corberon se demande « si la partie agréable n'y fait pas tort à l'essentielle2 »? Les Russes se le demandent aussi, et leur conclusion, vers 1780, c'est qu'il faut revenir au£ procédés de Pierre le Grand et chercher la vraie culture à l'étranger.

Ce procédé n'a d'ailleurs jamais été complètement abandonné. A la vérité, après 1725, l'envoi en masse déjeunes Russes dans des écoles étrangères a brusquement cessé ; seule, l'Académie des sciences a continué à y envoyer de rares boursiers, mais surtout en Allemagne3 : pour venir s'instruire en France, il n'y a plus eu, longtemps, que des isolés tels que ce Trédiakovski dont nous aurons encore à parler4, ou que ces deux jeunes princes Dolgoroukof qu'élèvent d'abord l'abbé janséniste Jubé de la Cour et plus tard le chevalier de Folard5. En 1739, il est question, à propos de la mort de Kantémir, d'un pauvre diable d'étudiant « russien », dont personne ne sait ce qu'il est venu faire à Paris6. Sous Elisabeth, un certain Théodore Karjavine, issu d'une famille de marchands moscovites, et amené tout jeune à Paris par son oncle Eroféi, y remporte, dans un des collèges de Sorbonne, des succès qui semblent lui prédire une brillante carrière ; après mainte aventure, il arrivera à être professeur de français, non dans sa patrie, mais à Cuba7. Puis, après l'al-

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