Princesse Dachkof, Mémoires, II, p
en compagnie de leur gouverneur1. « Moyennant six ducats donnés, pour sa peine, au Recteur Magnifique, » ils peuvent faire leur choix entre tous les cours de l'Université, et naturellement ce choix tombe d'abord sur ceux de langue vivante, non de hollandais — les jours de Pierre le Grand sont bien loin; mais d'anglais — il faut savoir déchiffrer les gazettes de Londres; mais d'allemand — il faudra le baragouiner sur la route de Russie; mais de français, et surtout de français. Les Kourakine en suivent donc « deux collèges » — deux cours — par semaine, et l'emploient constamment, dans leurs relations de société comme dans leur correspondance. Quant aux cours de sciences, ils en énumèrent un grand nombre à leur oncle Panine, mais ils en ont « un dégoût étonnant » et semblent, en définitive, n'avoir appris à Leyde que le jargon de nos philosophes. Jusque dans leurs lettres au Grand-duc héritier, ils flétrissent la tyrannie, et quand l'un d'eux, ressaisi par le courant russe, se laisse nommer chambellan, l'autre lui dit son fait : « Sachez, mon frère, que l'homme est né pour être libre! » Ces principes ne les empêchent pas, d'ailleurs, de visiter les dames et de sacrifier aux « grâces légères », c'est-à-dire à l'escrime, à la danse, au violon, et même au latin. Il faut bien, en effet, en avoir lu ne fût-ce que les Métamorphoses d'Ovide. « Quelle honte ne sent-on pas, lorsqu'en se promenant avec une dame dans une galerie de tableaux, elle demande des explications, et qu'il faut lui répondre : Je ne sais pas 2 î »
Mais Leyde, si complètes que puissent y être les études, ne fixe pas longtemps nos Russes ; beaucoup le quittent pour Strasbourg, où ils sont sûrs de trouver, en tout temps, une colonie de compatriotes3. Les descendants russes des émigrés protestants y viennent jouir, et du sol français, et d'une tolérance que le roi