Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution, p
LES EDUCATIONS. 99
n'accorde qu'à l'Alsace ; le baron Lefort, le dernier descendant du Grand- Amiral, y finit ses jours1. Puis les grands seigneurs en tour d'Europe s'y arrêtent volontiers, séduits par les nobles horizons de la plaine d'Alsace. « Que j'aimerais revoir ce beau pays! écrit le comte André Razoumovski.... Je ne passerai jamais à cent lieues à la ronde sans aller lui faire hommage2. » Ils y sont séduits aussi par la vie plantureuse et l'accueil toujours aimable; nous y voyons un Orlof dîner avec le comte Skavronski et le baron Lefort, chez le gouverneur, le marquis de Vogué, qui leur fait sans doute apprécier ces pâtés qu'un autre gouverneur, le marquis de Contades, passe pour avoir inventés3. Enfin, Strasbourg a une Université dont la réputation est grande, quoi qu'en disent ses malveillants voisins de l'Est. On assure à Karamzine, en Allemagne, que les professeurs strasbourgeois sont paresseux, qu'ils écrivent peu. « C'est donc, se dit Karamzine, qu'ils sont moins gueux que les Allemands, qui n'écrivent que par misère4! » En tout cas, ces professeurs de Strasbourg ont pour les Russes l'inestimable avantage d'une double culture; avec eux, qui n'a appris que le français ou l'allemand, peut utiliser la langue qu'il sait, et acquérir celle qu'il ne sait pas. Aussi, en 1786, sur cent étudiants réputés « de distinction » — sans doute parce qu'ils ne sont pas de la province — y a-t-il quarante-quatre Russes, parmi lesquels des Livoniens plus allemands que russes, mais aussi des Koutouzof, des Mouraviof, et même un descendant des Tatars, un prince Youssoupof 5. De ces étudiants, quelques-uns sont des juristes — nous aurons à reparler de l'ex-étudiant strasbourgeois Poliénof 6 mais la plupart s'occupent de médecine ou de sciences natu-