‹ La Culture française en RussieChapitre 96 sur 518 · Antiquité russe, 1877, XX, p · texte numérisé non relu

Antiquité russe, 1877, XX, p

j02 LA CONQUÊTE FRANÇAISE*

d'Helvétius, le baron Stroganof a confié l'éducation de son fils Paul, ou Popo\ pour le prix, une fois fait, de 55 000 livres, qui, à vrai dire, n'était pas exagéré. « Popo » avait, en effet, déjà usé plusieurs précepteurs, non qu'il fût « né terrible », comme le duc de Bourgogne, mais il lui manquait la qualité la plus prisée par les pédagogues du temps ; il n'était pas sensible. Pour attendrir cette nature ingrate, Romme lui lut le Bélisaire, de Marmontel, et eut la joie de le voir pleurer : « Le livre lui tombait des mains; ses larmes se mêlaient aux miennes.... » Bientôt après, la mort de Socrate le fait gémir sur « les malheurs auxquels est exposée la vertu même la plus pure », et, dans son attendrissement, il achète un oiseau pour lui rendre la liberté2. Quant aux études proprement dites, elles comprennent — non le français que Popo sait mieux que Romme, car il est né à Paris — mais l'allemand « qui est de première nécessité en Russie », l'anglais qu'il lui faut savoir « assez pour lire quelques bons ouvrages sur les arts », et même le russe auquel il se montre si rétif, d'abord, que Romme doit se mettre à l'étudier avec lui3; la joie de voir son maître faire des barbarismes réveille chez l'élève le goût de sa langue maternelle. Entre temps, on s'occupe de sciences, et un peu de belleslettres et de ces arts d'agrément « qu'un homme de qualité n'a pas le droit d'ignorer ». On en prend donc des leçons particulières partout où l'on séjourne, en Allemagne, en Hollande, à Genève, à Paris, et même en Auvergne, où Romme a mené Popo saluer sa vieille mère ! Ils finissent — et c'est là la grande nouveauté de cette éducation « fin de siècle » — par la Russie, que Romme veut faire connaître à son élève; sa naissance, en effet, l'y destine à un grand rôle, et son éducation doit l'en rendre capable. Il faut qu'il soit un bon citoyen, c'est-à-dire

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